À l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, nous sommes allés à la rencontre de Fatoumata Tapa Baba DIARRA. Doctorante au sein de l’équipe Feux, elle revient sur son parcours, partage ses travaux de recherche et adresse un message aux jeunes femmes curieuses d’explorer, à leur tour, les métiers de la recherche scientifique.
Peux-tu nous en dire plus sur ton parcours ?
Originaire du Mali, j’y ai obtenu mon baccalauréat scientifique en 2018. J’ai ensuite débuté mes études universitaires en France par une première année de licence en mathématiques, physique, informatique et mécanique à Aix-en-Provence (Aix Marseille Université). J’ai poursuivi mon parcours à Marseille, au sein du département de mécanique de l’AMU, où j’ai obtenu un master en mécanique, spécialité sciences du feu et ingénierie de la sécurité incendie (ISI).
Mon stage de fin d’études, réalisé au sein de l’équipe feu du LEMTA, portait sur l’étude du comportement thermique et hydrique du bois. À l’issue de ce travail, j’ai choisi de poursuivre en doctorat dans la même équipe afin d’étudier le comportement de ce matériau en conditions d’incendie.
Quel est l’objectif de ta thèse et quelle est ta mission ?
Ma thèse porte sur l’étude du comportement mécanique et hydrique d’éléments structurels en bois de construction pendant et après un incendie. Le bois est un matériau de plus en plus utilisé dans le secteur de la construction en raison de son caractère naturel et renouvelable, ainsi que de ses excellentes propriétés mécaniques. Toutefois, en situation d’incendie, le bois est un matériau combustible, ce qui entraîne une dégradation significative de ses propriétés mécaniques et hydriques.
L’objectif de cette thèse est, dans un premier temps, d’étudier le séchage du bois en conditions d’incendie, juste avant la phase de pyrolyse, à l’aide d’un cône calorimètre. Cette étude s’intéresse aux mécanismes de transfert de chaleur et de masse dans le domaine hygroscopique, domaine dans lequel les propriétés du bois évoluent fortement. L’influence de l’orientation des fibres du bois ainsi que la phase de refroidissement sont également prises en compte.
Dans un second temps, la thèse se concentre sur l’étude du comportement mécanique et hydrique de poutres en bois soumises à des essais de flexion quatre points, tout en étant exposées à des panneaux radiants permettant d’atteindre des flux thermiques contrôlés et représentatifs de conditions d’incendie.
As-tu un fait marquant, une anecdote à nous raconter ?
À mon arrivée à Marseille pour commencer une licence en mécanique, les cours avaient lieu dans une salle située au sous-sol du bâtiment. À cet étage, un seul sanitaire était visible, et il était réservé aux hommes ! Dans une filière très majoritairement masculine — nous n’étions que cinq femmes dans la promotion — j’ai d’abord pensé, un peu naïvement, qu’aucune toilette pour femmes n’avait été prévue à ce niveau.
Un jour, en croisant un camarade dans ce sanitaire, il m’a simplement fait remarquer qu’il s’agissait bien des toilettes des hommes et qu’il devait forcément en exister d’autres ailleurs dans le bâtiment. C’était effectivement le cas : il suffisait d’aller explorer les étages supérieurs du bâtiment !
Cette anecdote, en apparence anodine, m’a fait prendre conscience de l’importance de ne pas s’arrêter aux évidences et de dépasser certains stéréotypes, en particulier ceux associés aux filières dites « masculines » ou « féminines ».
Qu’envisages-tu après ce doctorat ?
Je souhaite poursuivre ma carrière dans le domaine de la recherche en incendie. Je désire continuer à m’intéresser aux approches expérimentales et de modélisation du comportement du bois pendant et après un incendie, notamment dans le cadre de projets post-doctoraux ou au sein d’unités de recherche et développement travaillant sur ces thématiques.
Quels sont tes conseils pour sensibiliser & inciter les jeunes femmes à choisir une carrière scientifique ?
Je dirais avant tout aux jeunes femmes de ne pas se laisser enfermer par les stéréotypes liés au genre. Aucun domaine n’est « naturellement » réservé aux hommes ou aux femmes. En science, ce qui compte avant tout, ce sont la curiosité, l’esprit critique et la passion.
Il faut oser se lancer et se donner les moyens d’y parvenir. Vous pourriez être surprises par vos capacités et par ce que vous êtes en mesure d’apporter au monde de la recherche grâce à votre créativité. Mieux vaut essayer que de renoncer par peur et rester enfermée dans des cases que l’on n’a pas choisies. Parfois, la peur empêche tout simplement le monde de découvrir une avancée majeure.

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